Ségolène Royal a lancé les hostilités pour la conquête de la direction du Partisocialiste, une mise à feu avant l’heure destinée à prendre de vitesse son rival Bertrand Delanoë.
Six mois avant le congrès de Reims, qui désignera le successeur de François Hollande, nombreux sont samedi les ténors du PS à s’inquiéter de la perspective d’un “affrontement des égos” au détriment de l’aggiornamento nécessaire du mouvement.
“L’inflation de candidatures au sein du Parti socialiste donne parfois le tournis”, déclare Jack Lang dans un communiqué.
“Elle contraste avec le manque d’idées nouvelles dont souffre aujourd’hui la pensée de la gauche. On aimerait que l’heure soit davantage à l’effervescence intellectuelle et à l’imagination collective plutôt qu’à l’affrontement des égos”, souligne le député socialiste du Pas-de-Calais.
Pour Pierre Moscovici, candidat déclaré à la direction du PS avec Julien Dray, le parti n’a “pas intérêt à une confrontation entre ceux qu’on appelle les ‘présidentiables’ - entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë”.
“Ce n’est pas de ça dont le Parti socialiste a besoin. Il ne doit pas désigner son candidat à la présidentielle ou le pré-désigner dès 2008″, a dit le député du Doubs sur France 2.
Claude Bartolone, lieutenant de Laurent Fabius, craint que le PS ne s’enfonce “dans une situation très grave”.
“On voit bien qu’elle (Royal) a fait cette annonce parce que Delanoë doit sortir un bouquin. Si l’on doit vivre des semaines sur cette espèce d’affrontement entre l’un et l’autre, nous sommes dans une situation très grave”, a-t-il déclaré sur LCI.
Le député de Seine-Saint-Denis n’exclut pas de postuler au poste de premier secrétaire. Les noms de l’ancien Premier ministre Lionel Jospin et Martine Aubry sont également cités, et François Hollande caresse pour sa part l’idée d’une candidature à la candidature pour l’élection présidentielle de 2012.
“Une pétaudière”, accuse Jean-Christophe Cambadélis, proche de Dominique Strauss-Kahn, actuel directeur général du Fonds monétaire international (FMI).
“PÉTAUDIÈRE”
“J’ai vraiment l’impression qu’on est en train de transformer le PS en une pétaudière (…), en une espèce de gigantesque querelle des égos”, a-t-il estimé sur France Info, jugeant “insupportable” cette “course entre présidentiables”.
“Le problème n’est pas seulement d’avoir un leader, mais d’avoir une orientation”, a affirmé le député parisien.
“On ne respecte ni les règles, ni le calendrier, ni les militants”, a-t-il regretté, rappelant que le dépôt des contributions doit intervenir au plus tard le 1er juillet, celui des motions le 13 septembre.
Ségolène Royal a annoncé officiellement vendredi soir, lors d’un “atelier citoyen” dans le XXe arrondissement de Paris, son intention de conquérir la direction du PS lors du congrès qui se tiendra du 7 au 9 novembre.
La décision était attendue, le moment, moins.
L’embellie dans les sondages - et dans l’esprit des militants - du maire de Paris Bertrand Delanoë a incité la présidente de la région Poitou-Charentes à devancer son rival, qui prépare en outre une offensive médiatique pour la semaine prochaine, avec notamment la parution d’un livre d’entretiens.
“Si les militants en décident ainsi et l’estiment utile pour le Parti socialiste, j’accepterai avec joie et détermination d’assumer cette belle mission de chef du parti”, a dit Ségolène Royal devant quelque 500 personnes.
“Le vrai risque, ce n’est pas l’affrontement, c’est que, sous prétexte de l’éviter, rien ne change”, a-t-elle répondu à ses détracteurs. “Il n’y a pas de risque d’affrontement, de guerre des chefs puisque les militants n’en veulent pas”, a-t-elle assuré.
“Nous devons en faire le parti de toute la société française, engagé dans les luttes de son temps, responsable, moderne et capable de faire vivre nos valeurs de justice sociale”, a-t-elle plaidé sous le sceau de François Mitterrand, plusieurs fois cité.
L’ex-candidate à la présidentielle 2007 a défendu sa méthode “participative” - fonder son projet politique sur un questionnaire aux militants - décriée par Bertrand Delanoë. Elle précise bénéficier pour l’heure du soutien de 25 fédérations départementales, petites ou moyennes, notamment le Var et la Somme.









