Ségolène Royal déclenche les hostilités au PS. L’officialisation de sa candidature au poste de Premier secrétaire a été accueillie samedi par un tir de barrage de ses opposants, qui lui reprochent de s’affranchir des règles de fonctionnement du parti.
La déclaration n’a surpris personne au PS. En annonçant vendredi soir à plusieurs centaines de militants réunis dans le XXe arrondissement de Paris qu’elle “accepterait avec joie et détermination” de prendre la succession de son ex-compagnon François Hollande si les militants partageaient ses orientations, la finaliste de l’élection présidentielle de 2007 n’a fait que confirmer les ambitions affichées depuis le début de l’année.
A un peu moins de six mois du congrès, qui se tiendra du 7 au 9 novembre à Reims, Ségolène Royal a une fois encore voulu prendre de vitesse ses concurrents, et surtout son principal rival pour le PS et pour la présidentielle de 2012, le maire de Paris Bertrand Delanoë, qui publie jeudi prochain un livre avant de réunir ses partisans le samedi suivant. “Je ne dirai pas que je suis candidate au poste de Premier secrétaire. Ce serait me ramener dans le chaudron des candidats”, affirmait-elle pourtant mercredi lors d’une rencontre avec la presse…
Le fait que M. Delanoë prenne l’ascendant dans les sondages n’a sans doute pas été étranger à l’accélération de son tempo. Selon un sondage Ipsos publié jeudi dans “Le Point”, 59% des Français et 52% des sympathisants PS préfèrent le maire de Paris à la présidente de la région Poitou-Charentes comme patron du PS.
Afin de montrer qu’elle n’est pas seule, Mme Royal a revendiqué le soutien de 25 premiers secrétaires de fédérations départementales du PS, dont l’Aude, le Var, la Somme ou encore l’Indre-et-Loire. Elle a confirmé qu’elle ferait “une offre politique aux militants sous la forme d’une contribution”, dont la rédaction commencera dès la semaine prochaine pour être déposée avant la date-limite du 1er juillet, puis d’une motion.
Si Bertrand Delanoë gardait samedi le silence, ceux qui refusent le duel annoncé des deux principaux présidentiables sont montés au créneau pour déplorer cette “inflation de candidatures”. “On aimerait que l’heure soit davantage à l’effervescence intellectuelle et à l’imagination collective plutôt qu’à l’affrontement des egos”, a déclaré Jack Lang.
“On est en train de transformer le Parti socialiste en une pétaudière”, s’est insurgé Jean-Christophe Cambadélis. Sur France-Info, le chef de file des reconstructeurs, réunion des amis de Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et Martine Aubry, a reproché à Ségolène Royal de “ne respecter ni les règles, ni le calendrier, ni les militants”.
Les candidats au poste de Premier secrétaire se déclarent traditionnellement au moment du dépôt des motions, prévu en septembre. L’élection du Premier secrétaire par les militants est programmée le 13 novembre, le jeudi suivant le congrès.
Le PS “ne doit pas désigner son candidat à la présidentielle ou le pré-désigner dès 2008″, a renchéri sur France-2 Pierre Moscovici, un des prétendants déclarés au poste de Premier secrétaire. Julien Dray ou Claude Bartolone ont eux aussi affiché leurs ambitions.
“Tout ceci me semble un peu désordonné, un peu incohérent et peu respectueux des règles démocratiques du PS”, a jugé François Lamy, bras droit de Martine Aubry. “Si on pense qu’on peut conquérir le parti avec des effets d’annonce et de sondages, c’est comme ça qu’on a perdu en 2007″. Le manque de coordination entre la candidate et le parti est l’une des causes de la défaite de Ségolène Royal face à Nicolas Sarkozy.
Tout en jugeant “légitime” la candidature de Ségolène Royal, Benoît Hamon, chef de file du Nouveau parti socialiste (NPS, l’aile gauche du parti), s’inquiète du risque d’un “congrès de déchirure”, sans proposition nouvelle pour le pays. “Deux trains sont lancés à pleine vitesse, deux écuries veulent prendre le PS. Il y a un vrai risque qu’il n’y ait pas de différence de ligne”, avertit l’eurodéputé socialiste.








